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Usurbil est un village qui a su merveilleusement bien combiner la tradition basque et la modernité tout en laissant une grande place à la création. Nul autre endroit ne reflète mieux l'explosion culturelle que connut Euskal Herria dans les années 60 et nulle part ailleurs n'est plus évident l'impact de cette explosion culturelle des années 60.
L'objectif du parcours Harria Hitz est de faire connaître le rôle joué par Usurbil dans la récupération de la culture basque contemporaine grâce aux divers éléments présents au centre-ville.

Nous nous trouvons face au monument hommage au cidre. Il s'agit d'une œuvre du sculpteur de Lasarte Gotzon Huegun. La sculpture installée sur cette petite place en 2007 relie trois éléments en rapport avec le cidre : la pomme, la bouteille et le verre.

Monument d'hommage au cidre
Monument d'hommage au cidre

 

Le cidre a eu une importance extraordinaire dans Buruntzaldea, mais également dans toute la province de Gipuzkoa. Cette boisson fabriquée avec le jus de pommes est profondément enracinée dans la culture et la société basques et est intimement liée à l'importante histoire maritime basque. Usurbil est un village situé sur les berges du fleuve Oria, un fleuve qui a eu une importance capitale dans l'histoire de la construction navale basque. C'est de lui en effet que sortaient les navires de l'époque où les Basques étaient une puissance maritime. Les Basques ont un riche passé maritime, mais qui n'aurait peut-être pas été aussi riche sans le cidre. Le cidre étant en effet la seule boisson des équipages basques, on émet ces dernières années l'hypothèse qu'il aurait pu servir à éviter le scorbut.

Hypothèses mises à part, l'importance de la production de cidre à Gipuzkoa est néanmoins indéniable. Le bertsolari Udarregi démontra parfaitement le rapport entre le cidre et les habitants d'Usurbil :

Asiera eman du

Pello Errotariyak

Errespuesta orain

Juan Joxe Udarregiyak.

Batek ainbat deretxo

Daukagu guk biyak;

Gure kolejiyuak

Sagardotegiyak

"Pello el Molinero a commencé ; maintenant la réponse de Juan Jose Udarregi. Nous avons les mêmes droits l'un et l'autre ; nos écoles sont les cidreries."

Aujourd'hui la pomme est encore très vivante à Usurbil, d'où elle imbibe de cidre toute la culture basque.

La place de la Liberté (Askatasuna Plaza) est décorée par des silhouettes en céramique, œuvres de l'artiste Carlos Zabala "Arrastalu". Ce sont des silhouettes qui reflètent les coutumes d'Usurbil et le quotidien, ainsi que certains personnages locaux. Autour du terrain de jeu de boules, nous pouvons voir un couple de txalapartaris (joueurs de txalaparta, instrument de percussion basque), les frères Jesus et Joxan Artze, originaires d'Usurbil.

Image des txalapartaris sur la Plaza de la Libertad, la place de la liberté.
Image des txalapartaris sur la Plaza de la Libertad, la place de la liberté.

Jesus et Joxan Artze sauvèrent la txalaparta de l'oubli, la firent sortir de son domaine pour l'introduire dans la modernité. Ils prirent un élément de la culture basque traditionnelle et en firent un élément de la culture contemporaine, en l'éloignant du folklore pur.

Les frères Artze en train de jouer de la txalaparta

La txalaparta est un instrument de percussion de la musique basque traditionnelle. Elle est composée de planches horizontales soutenues sur deux supports et les joueurs la jouent avec quatre bâtons. On dit de cet instrument qu'il est vieux de milliers d'années, mais cela n'est pas prouvé. Cet instrument qui vient de l'histoire ancienne, même si son origine n'est pas connue, est resté très vivant à Usurbil. On croit en effet que la txalaparta était généralement liée au monde du cidre et de la ferme. Dans de nombreux villages, lorsque le cidre avait atteint la maturité nécessaire pour être consommé, on jouait de la txalaparta pour le faire savoir aux gens des environs. Tout comme nous pouvons dire que la txalaparta est bien vivante dans la musique basque actuelle, c'est aussi le cas dans une certaine mesure pour le cidre et les cidreries qui ont survécu grâce à Usurbil.

Nous nous trouvons à présent devant une autre fresque présente à Usurbil. Cette peinture aujourd'hui totalement mutilée et défigurée est l'œuvre du peintre d'Usurbil Alejandro Tapia. Tapia fut l'un des fondateurs et membres du groupe Ur. Ce groupe de peintres fut créé un an avant Gaur par les artistes de Gipuzkoa Javier Arocena, Carlos Bizcarrondo, José Gracenea et Alejandro Tapia, dans l'objectif de stimuler une créativité poursuivie par le franquisme.

Le parcours de cet artiste est jalonné de nombreux prix et récompenses, cette fresque de Herri Batasuna est une exception. Les fresques sont généralement des éléments de l'art de la rue, des exposants vivants des courants de pensée et mouvements sociaux divers. Dans ce cas la fresque murale réalisée par Tapia est un témoignage de la situation vécue par la société basque et Usurbil en 1985. Il s'agit d'une œuvre d'art réalisée en 1985 à l'occasion de la campagne lancée par Herri Batasuna (parti nationaliste du Pays basque) "Euskal Herria alaitsu eta borrokan kementsu" (Euskal Herria joyeuse et combattive) ; elle était connue pour être le témoin d'une époque et d'une lutte politique, en Euskal Herria et à l'étranger. Mais pas seulement, puisqu'elle semble être un exemple clair des événements survenus dans la société basque entre le moment où elle a été peinte et l'année 2009.

Image de la fresque originale
Image de la fresque originale

En 2009, dans le contexte de changement politique au Gouvernement basque et sous le mandat de Patxi López, l'œuvre d'art fut effacée sur l'ordre du Conseiller du Gouvernement basque en charge de l'intérieur. Ils mutilèrent une fresque qui faisait partie du patrimoine d'Usurbil et de tous les basques puisqu'au lieu d'une œuvre d'art, ils ne voyaient que des obstacles moraux et politiques.

Nous nous trouvons sur la place Mikel Laboa. Il fut une époque où un toboggan occupait cette place en dénivelé. José Luis Zumeta dessina son aménagement et le toboggan vers l'année 1975. Sur l'initiative de la mairie d'Usurbil, la place porte le nom du célèbre chanteur basque depuis le 31 mai 2009.

La plaque consacrée à Laboa par le village se trouve sur un côté de la place. Il s'agit d'une plaque artistique en fer en forme de guitare réalisée par le peintre et sculpteur d'Usurbil, Jose Luis Elexpe "Pelex", mise en place le jour de l'hommage en 2009. Nous trouvons sur cette même place l'œuvre de Juan Jose Aranguren "Ikimilikiliklik", sculpture également réalisée en hommage à Mikel Laboa.

Plaque commémorative et sculpture « Ikimilikiliklik »
Plaque commémorative et sculpture "Ikimilikiliklik"

Ez Dok Amairu a été créé en automne 1965. Ce groupe cultivait la nouvelle musique basque en se basant sur la musique basque antérieure. Ce furent des années fertiles, riches en créativité. Nous ne pouvons évidemment pas ignorer ici la très productive carrière en solitaire de nombre des membres d'Ez Dok Amairu : Lourdes Iriondo, Xabier Lete, Benito Lertxundi, Mikel Laboa…

Le dialogue entre la fresque murale de Zumeta et la place en hommage à Mikel Laboa nous renvoie à la relation entre l'art basque et la chanson basque. Les années 60 marquèrent l'époque de la renaissance de la culture basque, et la musique ne pouvait être étrangère à cette explosion. La récupération culturelle dont Usurbil fut l'un des promoteurs stimula le travail en équipe de plusieurs créateurs de secteurs très divers de la culture basque. Nous citerons comme exemple la réalisation du logo du groupe musical Ez Dok Amairu, œuvre de Remigio Mendiburu, membre du groupe Gaur, et le nom même du groupe de ces chanteurs et musiciens, apport de Jorge Oteiza, promoteur du groupe Gaur.

Mikel Laboa entretenait des rapports très étroits avec Usurbil. Les couvertures de la plupart des disques de Mikel Laboa étaient d'une part dessinées par Jose Luis Zumeta. D'autre part, la collaboration entre Mikel Laboa et l'écrivain et musicien d'Usurbil Joxan Artze était réellement fructifère. En plus d'être l'un des fondateurs et idéologues du groupe Ez Dok Amairu, il créa avec le groupe le spectacle "Baga, biga, Higa" et, après la séparation du groupe, plongea dans le spectacle "Ikimilikiliklik" avec certains membres du groupe, dont son frère Jesus, Mikel Laboa et Jose Mari Zabala. Artze révolutionna la poésie, la mit en scène et la fusionna avec des éléments créatifs d'avant-garde. Joxan Artze est par ailleurs auteur de certaines des chansons les plus mémorables de Mikel Laboa(Txoria txori, Ama hil zaigu, Zaude lasai, Geure bazterrak).

Mikel Laboa chante « Gure Bazterrak » avec les paroles de Joxan Artze

La grande fresque murale qui décore la partie arrière du fronton d'Usurbil est l'œuvre de l'artiste d'Usurbil Jose Luis Zumeta. Nous nous trouvons devant une fresque murale de céramique de 16 mètres de large et 9 mètres de haut. Des deux fresques réalisées par Zumeta dans son parcours artistique, c'est la seule encore conservée aujourd'hui. C'est le résultat d'une commande de la Mairie à l'artiste installée à cet endroit depuis 1973.

Fresque de Zumeta
Fresque de Zumeta

Jose Luis Zumeta prit part à la naissance du groupe Gaur avec Jorge Oteiza, Eduardo Chillida, Remigio Mendiburu, Nestor Basterretxea, Rafael Ruiz Balerdi, Amable Arias et Jose Antonio Sistiaga. Ce groupe naquit pendant le franquisme dans le but de renouer des relations et le dialogue avec l'avant-garde internationale. Sa vocation était de relier le présent et la création violemment interrompue par la Guerre Civile. Ses principaux objectifs étaient de montrer l'existence d'un art basque et de faire connaître le besoin de le soutenir. Ses membres souhaitaient l'alphabétisation artistique de la société, sa prise de conscience, qu'elle s'approprie cette culture et la stimule. La trajectoire du groupe fut courte mais il fait figure de référence de la création artistique de Gipuzkoa et d'Euskal Herria au XXe siècle. Certains des artistes qui composaient le groupe franchirent les limites d'Euskal Herria et acquirent célébrité et reconnaissance internationales.

Groupe Gaur
Groupe Gaur

L'hommage à Udarregi et la naissance du groupe Gaur peuvent être vus comme une réponse aux dures conditions imposées par la dictature à la culture basque.

Nous nous trouvons face à la sculpture en hommage à Udarregi, une œuvre érigée en mémoire du bertsolari Juan Jose Alkain Udarregi né en 1829 dans la ferme Uztaetaburu d'Aia et qui vécut toute sa vie à Usurbil. Même s'il créait et improvisait des vers, il était bascophone non alphabétisé. Cela ne l'empêcha pas de prendre part à la production culturelle basque de son époque. Il inventa une technique pour se souvenir des vers qu'il créait, un code composé de rayures qu'il était le seul à comprendre. Vous pouvez voir sur cette sculpture l'un de ses écrits conservés au mur de la ferme Artikulaaundi.

Sculpture en hommage à Udarregi
Sculpture en hommage à Udarregi

Cette sculpture fut installée en mai 1966 à l'occasion de la fête organisée à Usurbil en hommage à ce bertsolari. Il s'agit d'une œuvre réalisée par Remigio Mendiburu, l'un des représentants majeurs de l'école de sculpture basque contemporaine. Même si le bois est le matériau le plus souvent utilisé par cet artiste, cette pièce montre que la pierre et le métal ont également une place dans son œuvre.

À l'époque de cet hommage à Udarregi, Euskal Herria était sous le coup du franquisme et la culture basque totalement opprimée. L'organisation d'actes culturels devait donc faire face à de très nombreux obstacles. L'hommage à Udarregi servit de prétexte à l'organisation d'une fête qui réunit plusieurs activités basques. C'était la première fois qu'était organisé un événement de ce type, véritable ballon d'oxygène en plein franquisme.

Le jour de la fête
Le jour de la fête

L'hommage à Udarregi constitua un point de rencontre pour de nombreux artistes et créateurs basque, dont Remigio Mendiburu lui-même, auteur de la sculpture et Jorge Oteiza, auteur de Quosque Tandem, œuvre indispensable dans la voie de la rénovation de toute la culture basque. Au-delà du travail individuel, ces deux artistes qui connaissaient bien l'importance du travail en équipe étaient membres du groupe Gaur.

Cette place est la colonne vertébrale de l'actuel centre-ville. C'est là que vous trouverez l'église, le fronton et les beaux bâtiments historiques de pierre et de bois du centre-ville. Les places sont des lieux de réunion de la communauté et la place Dema Plaza d'Usurbil remplit cette fonction dans le village. Mais il ne s'agit pas d'une place habituelle ; c'est au contraire une place dessinée pour la compétition.

Ces places de compétition (dema plazak en basque) constituaient le terrain où se déroulaient des épreuves de sport basque comme l'entraînement de pierres par des bœufs et des hommes, des spectacles solidement enracinés dans la culture basque. Ces épreuves ou paris consistent à parcourir en un temps déterminé le plus grand nombre possible de longueurs définies en tirant une pierre. Avec ses 38 mètres de long, cette place est l'un des terrains de compétition les plus longs de Gipuzkoa ; les pierres utilisées pour la compétition sont visibles sur l'un de ses côtés. Au sol composé de galets de belles formes géométriques, les concurrents font glisser une lourde pierre entraînée par la force de bœufs, d'hommes ou de femmes.

Entraînement de pierre par des hommes à Usurbil
Entraînement de pierre par des hommes à Usurbil

L'entraînement de pierre par les hommes est une représentation d'un sentiment bien intériorisé chez les basques. Il est souvent question du grand poids que nous portons sur nos épaules : le poids du passé, le poids de l'engagement envers le peuple, le poids du souci de la langue, le poids de la responsabilité de la protection et la renaissance de la culture...

Sur cette même place eu lieu en 1966 une initiative étroitement liée à la culture basque et au sentiment basque : l'hommage offert au bertsolari Juan Jose Alkain « Udarregi »(chanteur de vers rimés et strophés en langue basque). C'est à cette occasion que fut installée la sculpture en hommage à Udarregi.